« Lyle m’a dit que, pendant les nuits d’hiver les plus froides et les plus immobiles, chaque étoile faisait entendre sa propre musique. Il m’a dit qu’il savait quelles notes provenaient de quelles étoiles. Il ne les entendait pas tout le temps, seulement l’hiver, et puis, une fois qu’il a eu soixante ans, il a reconnu tristement qu’il ne les entendait plus. C’est l’âge, j’imagine. Mais quand il a dit qu’il entendait les étoiles, il n’exagérait pas. En fait, il se demandait si je n’allais pas penser qu’il était toqué, même s’il savait qu’en trente-cinq ans je ne l’avais jamais entendu dire autre chose que la vérité absolue, pour autant qu’il la connaissait. Si Lyle disait qu’il entendait les étoiles, c’est qu’il entendait les étoiles. La seule raison qu’il avait d’en parler, c’est que c’était nouveau pour lui, cette histoire de musique des sphères.

Une autre fois, occupé à trier des vieux boutons dans une boîte de cake anglais, il m’a raconté qu’un jour, en hiver, il marchait au plus profond des bois, sa hache à la main. Il entendit arriver le vent, qui tourbillonnait dans les cimes des arbres. Il l’entendit se rapprocher et atteindre les branches qui étaient au-dessus de lui. Au moment où le vent se ruait à l’assaut des arbres, Lyle a senti le vent qui le traversait de part en part comme s’il n’était pas là. »

James Galvin, traduit de l’anglais par Brice Matthieussent, « Prairie », 2001,


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Encore un essai de traduction.

Temps durs

Bougeant plus haut ma poitrine battante récite les noms
d’une douzaine d’amis qui sont morts ces dernières années,
noms maintenant incompréhensibles comme les montagnes
de l’autre côté de la rivière loin derrière moi.
Je serai toujours en marche vers Antelope Butte.
Peut-être quand nous mourrons nos noms nous sont pris
par un aimant divin et sont libres
de flotter ici et là dans les corps
des oiseaux. Je serai une simple corneille
qui pourra atteindre le sommet d’Antelope Butte.

traduit de l’anglais par Sébastien Auger.

***

Hard Times

Moving higher my thumping chest recites the names
of a dozen friends who have died in recent years,
names now incomprehensible as the mountains
across the river far behind me.
I’ll always be walking up toward Antelope Butte.
Perhaps when we die our names are taken
from us by a divine magnet and are free
to flutter here and there within the bodies
of birds. I’ll be a simple crow
who can reach the top of Antelope Butte.

Jim Harrison, “ In Search of Small Gods ”, 2009

« La meilleure poésie est le langage que votre âme parlerait si vous pouviez apprendre à parler à votre âme. »

« Poetry at its best is the language your soul would speak if you could teach your soul to speak. »

Jim Harrison, La poésie comme survie in Entre chien et loup, Poetry as Survival in Just before dark.

 

Petite tentative de traduction.

Poème

Si tu peux faire un poème
qu’un fermier trouve utile,
tu devrais être heureux.
Un forgeron tu peux ne jamais comprendre.
Le pire à satisfaire est un menuisier.

traduit de l’anglais par Sébastien Auger.

***

Poem

If you can make a poem
a farmer finds useful,
you should be happy.
A blacksmith you can never figure out.
The worst to please is a carpenter.

Olav H. Hauge
traduit du néo-norvégien à l’anglais par Robert Hedin, “The Dream We Carry”, 2008.

Cela faisait déjà un moment que je voulais retrouver ce poème de René Char. Oubliant le titre, son esprit m’accompagnait de son hymne. Courage peuple grec.

***

Hymne à voix basse

L’Hellade, c’est le rivage déployé d’une mer géniale d’où s’élancèrent à l’aurore le souffle de la connaissance et le magnétisme de l’intelligence, gonflant d’égale fertilité des pouvoirs qui semblèrent perpétuels; c’est, plus loin, une mappemonde d’étranges montagnes : une chaîne de volcans sourit à la magie des héros, à la tendresse serpentine des déesses, guide le vol nuptial de l’homme, libre enfin de se savoir et de périr oiseau; c’est la réponse à tout, même à l’usure de la naissance, même aux détours du labyrinthe. Mais ce sol massif fait du diamant de la lumière et de la neige, cette terre imputrescible sous les pieds de son peuple victorieux de la mort mais mortel par évidence de pureté, une raison étrangère tente de châtier sa perfection, croit couvrir le balbutiement de ses épis.

Ô Grèce, miroir et corps trois fois martyrs, t’imaginer c’est te rétablir. Tes guérisseurs sont dans ton peuple et ta santé est dans ton droit. Ton sang incalculable, je l’appelle, le seul vivant pour qui la liberté a cessé d’être maladive, qui me brise la bouche, lui du silence et moi du cri.

René Char, 1945, Le poème pulvérisé

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