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Société

Cela faisait déjà un moment que je voulais retrouver ce poème de René Char. Oubliant le titre, son esprit m’accompagnait de son hymne. Courage peuple grec.

***

Hymne à voix basse

L’Hellade, c’est le rivage déployé d’une mer géniale d’où s’élancèrent à l’aurore le souffle de la connaissance et le magnétisme de l’intelligence, gonflant d’égale fertilité des pouvoirs qui semblèrent perpétuels; c’est, plus loin, une mappemonde d’étranges montagnes : une chaîne de volcans sourit à la magie des héros, à la tendresse serpentine des déesses, guide le vol nuptial de l’homme, libre enfin de se savoir et de périr oiseau; c’est la réponse à tout, même à l’usure de la naissance, même aux détours du labyrinthe. Mais ce sol massif fait du diamant de la lumière et de la neige, cette terre imputrescible sous les pieds de son peuple victorieux de la mort mais mortel par évidence de pureté, une raison étrangère tente de châtier sa perfection, croit couvrir le balbutiement de ses épis.

Ô Grèce, miroir et corps trois fois martyrs, t’imaginer c’est te rétablir. Tes guérisseurs sont dans ton peuple et ta santé est dans ton droit. Ton sang incalculable, je l’appelle, le seul vivant pour qui la liberté a cessé d’être maladive, qui me brise la bouche, lui du silence et moi du cri.

René Char, 1945, Le poème pulvérisé

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Poème pour Ukrainiens

Mouvoir l’attire

Quitter la haine debout
Peindre et l’homme
Pour survoler et encore
Revendiquer la main
La seule tenure

Au sommet de la croix
Aigle aigreur         les fiertés
Sanctionnables de la source
Refondent les eaux

Se cassent blés et jointures
Sur le revers des chapeaux
Coupés

Pour faire connaissance, un poète ukrainien, Taras Chevtchenko, http://www.chevtchenko-qc.ca/pages/poesies.html.

La fulgurance
N’y a rien d’idéal

La noirceur est moins présente. L’hiver quittera, pour revenir, mais nous le savons. Ne pas oublier les printemps, les printemps des peuples qui reviennent toujours. Au delà des luttes, des marches, d’indépendance toujours à refaire. La vélocité du poème, la vélocité de vivre.

La proximité

Nos grandes gueules d’échasse
Sourient aux innocents
Vannés sinon l’hymne
À disparaître

Cherchent gouverne
La nocturne salue nos anses
Valser comme société calcique
Laissons jaunir le temps

Maintenant ou ailleurs
Étendre la réalité aux visions

*

Mordre

Se refermer le monde
Comme avalanche avale
Un vestige suranné
De vieillesses forêts

J’écoute égare
Mais n’ignore plus
L’échange
Les feux rapprochés

Par ce printemps malmené
Retour fous migrants
Les chants me sursautent
Battements retendus

Pendant que ce bon non-pays lâche ses chiens à débusquer du chômeur d’une mer à l’autre¹, nous continuons à croire que cette force est la nôtre et que nous pouvons en vivre si nous le voulons bien. Au diable les gestionnaires ordonnant du bon non-pays, ils devraient voir plus loin et plus près.

*

Chasse

Voir se lever ma vision
Novembre éloigné
Que vaille la torpeur
Le sacre lumineux

Salves retenues
Métal amer nos gueules
Attentives aux ondulations
Les feuilles délaissées
Émigrantes vers la mort

Chômage le plein d’instance
La neige hasard grappille
Tout ce que nous avons

En souvenir de novembre, d’une bien belle chasse

*

¹http://www.ledevoir.com/politique/canada/369853/les-fonctionnaires-ont-des-quotas-de-prestations-a-couper

Ascension

Tant que je porte pieds

Le poids de nos os

nos mains

Je m’efforce d’inonder

Je m’efforce de faible emplissage

Les quelques mots que j’exige

notre main

Valse sauvage de silence

Que dire la dispersion

Je ne suis qu’à oublier

La fin des saisons nouvelles

qu’à tenir

Éclat de cahier. Je pars pour un court séjour en France, au sud. Je fuis des résultats les élections sans changement d’un peuple de manger froid. Je continue de piocher sur un recueil, à suivre au retour.

Une loi inadmissible. L’espoir revenu de l’agitation. Cela me force à écrire sec et rapide, à vouloir tout dire ce qui change et changera. Surtout, ce qui doit changer. Changer parce que j’ai été surpris de cette génération qu’on disait oubliée dans elle-même à vivre son petit confort d’instantané légué par pères et mères productifs. Lorsque s’effondre un avenir facile, un non-avenir, cette même génération me surprend en prenant les devants. Tous ces gens dans la rue pour sortir de leur indifférence quotidienne. Même quinze minutes, c’est terriblement mieux que ces dernières années à se taire et garder le dépit au travers de soi. Je souhaite de continuer à rêver, à vouloir changer pour tous ceux qui sont contre. Tous ceux qui ne comprennent pas encore bien à quoi tout cela pourra nous mener. Un réveil lutte toujours contre une certaine lourdeur. Une fois l’inertie passée, nous pouvons avancer. Lever nos pieds.

Cela vient un peut tard, mais c’était déjà là, pour moi. Je répète ce que plusieurs ont déjà dit. Je retransmets peut-être. Je suis avec vous tous.

Brisée

J’insigne honneur de ne pas fuir
En crevasses idéales
Le réseau de mes idées
Brisées un mince fil
Le produit farouche
De tant d’année La terre
Au moment où je rêvais
D’ailleurs c’était possible

Mes bottes se trainent liment
Aciel acier le sable vent
Mouvement lent
De recherches d’années
Fêlées le rythme du continent
Dans chaque pas donné
Version traduite de moi-même
Nécessaire rompu de trappe solaire

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