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Poète

Cela faisait déjà un moment que je voulais retrouver ce poème de René Char. Oubliant le titre, son esprit m’accompagnait de son hymne. Courage peuple grec.

***

Hymne à voix basse

L’Hellade, c’est le rivage déployé d’une mer géniale d’où s’élancèrent à l’aurore le souffle de la connaissance et le magnétisme de l’intelligence, gonflant d’égale fertilité des pouvoirs qui semblèrent perpétuels; c’est, plus loin, une mappemonde d’étranges montagnes : une chaîne de volcans sourit à la magie des héros, à la tendresse serpentine des déesses, guide le vol nuptial de l’homme, libre enfin de se savoir et de périr oiseau; c’est la réponse à tout, même à l’usure de la naissance, même aux détours du labyrinthe. Mais ce sol massif fait du diamant de la lumière et de la neige, cette terre imputrescible sous les pieds de son peuple victorieux de la mort mais mortel par évidence de pureté, une raison étrangère tente de châtier sa perfection, croit couvrir le balbutiement de ses épis.

Ô Grèce, miroir et corps trois fois martyrs, t’imaginer c’est te rétablir. Tes guérisseurs sont dans ton peuple et ta santé est dans ton droit. Ton sang incalculable, je l’appelle, le seul vivant pour qui la liberté a cessé d’être maladive, qui me brise la bouche, lui du silence et moi du cri.

René Char, 1945, Le poème pulvérisé

des arbres poussent
aux épaules des poètes
qui persistent à croire
que ce sont des ailes entravées

Michel X Côté, 2014, Rivière errante

*

Sans nouvelles depuis l’automne. Un peu de silence. Retour du Chili, terre australe. Le nouvel arbre se cambre. Je travaille sur un manuscrit et un projet de poème affiche avec une amie, peut-être associé au manuscrit. Nous verrons.

Dans mon ermitage, bien des lectures, aussi. Roberto Juarroz, Neruda, Martine Audet, Normand de Bellefeuille et autres camarades. Je découvre encore la lumière Nord Sud de Nicolas de Staël.

2015 à venir.

mon corps et moi

Tombeau de René Crevel

© Betty Goodwin

moins les images, que cet état
On prend une toile, des pinceaux. On prend du
nocturnes par un seul fait. À midi les accessoires

cherchons les sensations nettes et insuffisantes
ornaient ma chambre
rêve, et pourtant
Pourtant, je le
secousse

en deux, nous nous apercevons que
toujours à ces soi-disant

mordue, mais
oui, ma langue
il plaît à nos minutes lucides d’amonceler.

Paul-Marie Lapointe, 1979, Tombeau de René Crevel

*

Notre bibliothèque particulière
Ressac nos écrits
La pluie remise

Paul-marie Lapointe arrache la langue au jour et inscrit chaque lettre dans nos corps. Le radical poète.

88e Chorus

« J’ai voulu marier une fille-amour,Mexico City Blues - Jack Kerouac
Une fille-intéressée-uniquement-à-l’amour-fille »,
Ce serait la première phrase
de ce chef-d’œuvre
De la littérature dorée –
Brap. Tous les gens déments
Que j’ai connus depuis l’âge de 4 ans
– à 6 ans j’ai vu un soleil rouge
aux fenêtres de Centralville enneigée,
et je me suis demandé : « Qui suis-je ? »
avec de petits yeux véridiques
tournés vers les cieux du paradis –
aucune réponse.

j’étais le premier fou
Que j’ai connu.

Avais des baluchons et des écharpes longues de cent milles

Enveloppé dans mon cœur de bibliothèque
y compris les peines-souffrances d’un môme de six ans

dans l’dos Vérolique
Avais simplement peur de moi-même
Et peur de tous les autres.

Jack Kerouac, 1969, Mexico City Blues

Lire, relire le grand Jack pour le beat, pour le rythme et l’authentique recherche d’à peu près tout. Un poète et sa machine, son crayon à écrire, sa tête à écrire, sa langue à écrire. Tape tape tape.

Poème pollen

à l’abri des ventres
Ouanessa Younsi


À l’abri des ventres

Écores de coupé couteau
L’angle des périclités morts
À chaud mais saufs
Mes quelques encores

À l’abri des ventres
Les vallées faillibles pausent
Avec formes et mystères
La peine de se rougir j’évite
Les parages de l’amour
L’accueil
Une vivante allégeance

Je la rejoins
Dans les semences de l’aurore
Me cante
Mes manches chemises
Je remonte les encres
Bras plantés du terreau

Travaux humus
Mes parlures bringuebalées
Mon matériel réunir

La poète Ouanessa écrivait : « La démarche: chez l’autre poète, trouver un poème. Se soumettre à un verbe, un mot. Résonance sans écho. Réponse sans question. Pour le son animal et la futaie. Et du poème même créer du nouveau: des poèmes pollen. »

Donc, une occasion de partage, d’ouvrir ses quelques mots. Une création à l’aube. Une recherche d’échange, de peindre du poème à ses reflets. Ses traces de poème pollen.

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